Macky Sall : Après le revers à l'ONU, l'équation du retour politique
Deux semaines après le retrait de sa candidature au secrétariat général de l'ONU, l'ancien président Macky Sall entretient le mystère sur la suite de son parcours. Alors que l'Alliance pour la République (APR) revendique un ancrage ferme dans l'opposition et prépare la reconquête du pouvoir pour 2029, la perspective d'un retour de l'ancien chef de l'État suscite autant d'espoirs chez ses militants que d'interrogations au sein de l'opinion publique. Entre l'héritage controversé des événements de 2021-2024, les spéculations sur ses relations avec Bassirou Diomaye Faye et les verrous constitutionnels, décryptage des grands choix stratégiques qui s'imposent au leader de l'APR.
La parenthèse onusienne est désormais refermée. Lancée en mars 2026, la campagne de Macky Sall pour briguer le secrétariat général de l’Organisation des Nations unies (ONU) s’est achevée le 17 octobre dernier, au terme de plusieurs mois de lobbying diplomatique et de déplacements à travers le monde. Soutenue par plusieurs voix, dont celle du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, cette ambition internationale n’a finalement pas abouti.
Une page se tourne, mais une autre reste à écrire. L’ancien chef de l’État entend-il revenir au premier plan de la politique sénégalaise ? Peut-il envisager de reconquérir le pouvoir en 2029, malgré les événements dramatiques qui ont marqué la fin de son second mandat ? Et quel crédit accorder à l’hypothèse d’un rapprochement avec l’actuel président de la République ?
Pour Babacar Ndiaye, directeur de la recherche et des publications du think tank ouest-africain WATHI, une chose est certaine : Macky Sall n’a pas quitté l'échiquier politique national. « À ma connaissance, il n’a pas renoncé à la politique au Sénégal. Il dirige toujours son parti », fait observer l’analyste, rappelant que l’Alliance pour la République (APR) a renouvelé ses instances tout en enregistrant des départs depuis sa perte du pouvoir.
Le retour de l’ancien président au Sénégal, dans le cadre de sa candidature à l’ONU, a d’ailleurs constitué un premier signal. La mobilisation de ses partisans et les déclarations de soutien à son endroit ont montré que son appareil politique conserve une réelle capacité de mobilisation. Reste à savoir si cette dynamique se traduira par un engagement plus direct dans les futures batailles électorales.
2029 : Si près, si loin...
Pour Babacar Ndiaye, les prochaines échéances permettront de mieux décrypter les intentions de l’ancien président. L’année 2027, marquée par les élections locales et susceptible d’être concernée par des législatives anticipées en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, constituera un premier test grandeur nature pour l’APR.
Avant de parler de retour au pouvoir, plusieurs inconnues devront être levées : le discours que le parti adoptera face à l'actuel exécutif, sa capacité à consolider son ancrage local et sa stratégie globale pour les prochains scrutins. Autant de paramètres qui pèseront lourd dans la perspective de la présidentielle de 2029.
« Il faudra d’abord voir comment les choses vont se mettre en place », estime l’analyste politique. Car, au-delà de la présence de Macky Sall à la tête de sa formation, la question d’une éventuelle candidature reste entière. « Est-ce qu’il en a affirmé l’envie ? Est-ce qu’il a parlé de cette candidature-là ? Jusqu’à présent, je ne l’ai pas entendu en parler », souligne-t-il.
L’équation est d’autant plus délicate que l’ancien président reste indissociable des événements survenus entre 2021 et 2024. Les manifestations et les violences de cette période, qui ont profondément marqué le pays, constituent un chapitre incontournable de son bilan politique. Babacar Ndiaye rappelle que la société civile a fait état d’environ 80 morts au cours de ces troubles.
« Les événements de 2024 sont encore frais dans la mémoire des Sénégalais. Ce furent des moments douloureux », insiste-t-il. Sur le plan judiciaire, l'analyste relève que Macky Sall n’est pas actuellement inquiété, tout en évoquant les débats persistants sur les responsabilités liées à cette période.
Un rapprochement avec Diomaye ?
L’autre inconnue concerne la nature des relations entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye. Le soutien apporté par le chef de l'État à la candidature onusienne de son prédécesseur a alimenté les spéculations sur un possible rapprochement. Mais, pour Babacar Ndiaye, cette hypothèse doit être examinée à la lumière des intérêts stratégiques des deux camps.
« Ce serait à quelle fin, s’il devait y avoir un rapprochement ? », s'interroge-t-il. L’APR reste dirigée par Macky Sall, tandis que Bassirou Diomaye Faye bâtit son propre appareil politique autour de KIIRAAY. Un éventuel rapprochement supposerait donc de clarifier les objectifs de chacun, mais aussi d’en mesurer l'impact auprès des militants des deux formations.
Du côté de l’APR, le discours se veut tranché. Hamidou Anne, coordonnateur de la Cellule analyses et prospective du parti, rejette catégoriquement l'idée d'une recomposition découlant du soutien présidentiel à la candidature de Macky Sall à l'ONU.
« L’APR ne se rapproche de personne. Le parti assume son ancrage dans l'opposition et œuvre chaque jour pour la reconquête du pouvoir en 2029 afin de changer la vie des Sénégalais », affirme-t-il à Seneweb.
L’essayiste défend également la stature internationale de l’ancien chef de l’État, estimant que ses préoccupations liées à la paix, à la sécurité et au développement économique dépassent désormais le strict cadre national : « Il faut reconnaître que le président Macky Sall, par son souci des enjeux de paix, de sécurité et de développement économique, déborde du cadre politique sénégalais désormais. Mais il est un Sénégalais d’abord, fier de ses racines profondes et de son bilan à la tête du Sénégal. Il reste surtout un homme libre de ses mouvements. »
S'agissant des événements survenus entre 2021 et 2024, Hamidou Anne conteste la grille de lecture de l'actuel pouvoir et renvoie les autorités à leurs responsabilités : « Il faut interroger ceux qui, une fois arrivés au pouvoir, se sont empressés de donner 5 milliards de francs CFA à des pilleurs et des casseurs sur leur responsabilité dans les événements de 2021-2024. Il faut aussi les interroger sur leur refus, malgré de nombreuses promesses, d’abroger la loi portant amnistie. Il y a eu une tentative insurrectionnelle sur la base d’une vulgaire affaire de mœurs et l’État a fait face. »
Éligibilité : Que dit la Constitution ?
Sur le plan constitutionnel, une nouvelle candidature de Macky Sall à la présidentielle de 2029 n’est pas explicitement verrouillée par la règle limitant à deux le nombre de mandats consécutifs. À 64 ans, l’ancien chef de l’État serait également très en deçà de la limite d’âge fixée à 75 ans. Mais au-delà des règles juridiques, son éventuel retour dépendra avant tout de sa volonté personnelle et de la capacité de sa formation à se remobiliser autour de sa personne.
Au sein du parti, certains le jugent irremplaçable. « Macky Sall est celui qui garantit l'unité au sein de l’APR. C’est lui le socle du parti. Il n’y a que lui qui puisse être candidat. Sans lui, la formation politique ira à vau-l’eau », confie à Jeune Afrique un ancien membre de son gouvernement.
Pour l’heure, Macky Sall n’a donné aucune indication sur ses intentions. Depuis le retrait de sa candidature au secrétariat général de l’ONU, l’ancien président maintient le flou. Des rumeurs l’ont un temps annoncé dans la course à la succession de Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), où cette dernière sollicite un troisième mandat en ce mois de novembre, mais cette piste a été démentie par son entourage.
À un proche, Macky Sall aurait récemment confié ne pas être à « la recherche effrénée de positions ». Une formule qui laisse l'avenir ouvert : entre diplomatie internationale et possible retour dans l’arène politique sénégalaise, l’ancien chef de l’État garde toutes les options sur la table.
REVUE DE PRESSE RFM AVEC MAMADOU MOUHAMED NDIAYE - 2 NOVEMBRE 2026
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