Plusieurs manifestations en France contre la proposition de loi « sécurité globale »

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L’article 24 du texte, adopté par l’Assemblée vendredi, concentre de très vives critiques, notamment de la part des journalistes, qui y voient de potentielles atteintes à la liberté d’informer.

« Même pas drone »« floutage de gueule ». Plusieurs manifestations ont lieu, samedi 21 novembre, en France contre la proposition de loi dite de « sécurité globale » dont l’un des articles concentre de très vives critiques de la part des journalistes français, qui y voient un risque d’entrave à la liberté d’informer.

L’article 24, adopté par l’Assemblée vendredi soir, prévoit de punir « d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende » le fait de diffuser des images non floutées d’un policier ou d’un militaire « dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique », et crée par la même occasion un nouveau délit dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse.A Paris, un rassemblement doit démarrer à 14 h 30 sur la place du Trocadéro à l’appel de syndicats de journalistes, de sociétés de rédacteurs, dont celle du Monde, et des associations Ligue des droits de l’homme et Amnesty France.

D’autres manifestations sont également prévues à Marseille, ou bien encore Montpellier, Rennes et Saint-Étienne. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) en a recensé une vingtaine.

A Lille, environ un millier de personnes se sont rassemblées samedi matin sur la place de la République devant la préfecture du Nord. « Ne vous floutez pas de nous »« plus de sécurité sociale, moins de sécurité globale », « des vidéos pas des lacrymo » ou encore « pas vu pas pris », pouvait-on lire sur les pancartes.

« C’est une loi faite par la police » qui « menace la liberté d’informer, de s’exprimer, de manifester », a estimé Maud, étudiante de 27 ans. « C’est terrifiant. Elle entérine une surveillance généralisée par drone, par reconnaissance faciale. C’est une entaille profonde dans l’Etat de droit ». « Il y a une volonté de brimer la libre expression des opinions », a aussi dénoncé Philippe Vervacke, militant à la Ligue des droits de l’homme, brandissant une pancarte « big brother is watching you ».

« Une entrave au droit d’informer »

A Paris, une première manifestation, mardi soir aux abords de l’Assemblée nationale, a rassemblé plusieurs milliers de personnes avant de donner lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre. Deux journalistes ont été interpellés et placés en garde à vue alors qu’ils y exerçaient leur métier.

Pour justifier l’attitude des policiers, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a par la suite déclaré que, « si les journalistes couvraient des manifestations », ils devaient « se rapprocher des autorités » afin de « se signaler, pour être protégés par les forces de l’ordre ». Vendredi, de très nombreux responsables de rédactions ont signé une tribune pour affirmer qu’ils refuseraient d’« accréditer » les journalistes pour couvrir ce type d’événements.

Lors des débats à l’Assemblée, M. Darmanin a assuré vendredi soir que cet article 24 « ne contrevient en aucun cas à la liberté de la presse et à la liberté d’informer »« Un journaliste ou un citoyen qui filme une opération de police pourra bien sûr continuer de le faire. En revanche, ceux qui accompagnent leurs images d’un appel à la violence, en diffusant les noms et les adresses de nos policiers, ne pourront plus le faire », a-t-il dit.

L’argument n’a pas apaisé les craintes. « Maintenir cet article 24 est une entreprise de dissuasion massive d’exercer ces libertés fondamentales pour chaque citoyen car il permet de procéder à des interpellations et des gardes à vue préalables sans fondement », a dénoncé le député Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de sécurité à La France insoumise.

Une quarantaine de rédactions françaises, dont celle du Monde, reprochent pareillement au ministre de l’intérieur de vouloir porter atteinte à la liberté de la presse par le biais de cette proposition de loi mais aussi via le nouveau schéma national du maintien de l’ordre présenté en septembre.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) juge pour sa part que « si le risque de condamnation de journalistes sur le fondement de ce texte [de loi] est faible, les policiers pourraient procéder, sur le terrain, à l’arrestation d’un journaliste en train de filmer leurs opérations, ce qui représente une entrave au droit d’informer ».

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