Au Sénégal, la Société nationale d’électricité (Senelec) fait face à un phénomène d’une ampleur alarmante : un véritable braquage énergétique qui dépasse largement le cadre d’une simple fraude. En l’espace de trois mois, plus de 4 milliards de francs CFA se sont évaporés de ses caisses, à la suite de vols massifs et organisés d’électricité, principalement dans la région de Dakar, estime L’Observateur, citant le rapport de la Direction des services juridiques de la boîte.
La même source renseigne qu’une enquête menée dans un échantillon restreint de quartiers de la capitale a révélé un vol de 13 514 750 kilowattheures, correspondant à une perte de plus de 2,6 milliards d’énergie non facturée. Ce chiffre, déjà impressionnant, ne représente qu’une partie visible d’un fléau beaucoup plus étendu à l’échelle nationale.
Un réseau de fraude sophistiqué
Ce n’est pas tout, avance le quotidien du Groupe futurs médias (Gfm) : les opérations de contrôle ont mis au jour un système de vol élaboré, utilisant des techniques diverses et perfectionnées : branchements clandestins avant-compteur pour fausser la consommation, « shunts » réduisant artificiellement les chiffres affichés, branchements enfouis dans le réseau public, manipulation de compteurs… Ces pratiques révèlent une véritable ingénierie de la fraude, mobilisant des moyens techniques avancés.
Face à cette situation critique, la Senelec a lancé, à partir d’avril dernier, une vaste opération de contrôle ciblée, mobilisant ses équipes techniques, la police, la gendarmerie et des huissiers de justice. Sous la direction de Pape Toby Gaye, Directeur général de la Senelec, cette contre-offensive a été minutieusement planifiée et exécutée comme une véritable opération de sécurité.
Une première phase de riposte à Dakar
Durant trois mois, indique L’Observateur, les équipes ont passé au peigne fin une dizaine de quartiers stratégiques de Dakar, représentant moins de 5 % de la clientèle : VDN, cités Alioune Sow et Mixta, Rebeuss, Médina, Grand-Yoff, marchés HLM et Petersen, Plateau, Lac Rose, entre autres.
Résultat : 488 cas de fraude identifiés et 322 personnes arrêtées, accusées de vol d’électricité. Ces arrestations ont été réparties entre plusieurs postes de police et brigades de gendarmerie, avec des chiffres impressionnants : 59 suspects aux Parcelles Assainies, 39 au Plateau, 25 à Grand-Yoff, 86 à Ngor, etc.
Des actions judiciaires exemplaires
L’un des temps forts de cette lutte a été le procès de Kaolack, le 9 avril. Une dizaine de prévenus y ont comparu pour divers délits liés au vol d’électricité : soustraction de poteaux, découpe de câbles, branchements pirates, recel… Le verdict a été sans appel : peines de prison ferme et amendes civiles de 10 millions FCFA. Ce procès a marqué les esprits, tant par la diversité des infractions que par le message clair envoyé aux fraudeurs, rembobine le titre de Gfm.
Une stratégie nationale déployée
Consciente de la gravité des pertes et des risques pour la sécurité du réseau électrique (incendies, électrocutions, détérioration des installations), la Senelec a défini une stratégie en trois axes : cartographier le phénomène sur tout le territoire national; identifier, poursuivre et sanctionner les fraudeurs ; évaluer et compenser les pertes économiques et techniques.
L’objectif ultime est de protéger les usagers honnêtes, de restaurer la qualité du service et de sécuriser le réseau électrique national. Pour cela, la Senelec entend renforcer ses opérations de terrain, s’équiper de technologies de détection plus avancées, intensifier la collaboration avec la justice et sensibiliser les populations aux dangers et conséquences du vol d’électricité, détaille L’Observateur.