Une semaine noire vient de s’écouler pour le transport ferroviaire espagnol, marquée par une succession d’accidents meurtriers qui ont plongé le pays dans le deuil et l’inquiétude. Alors que les opérations de secours et les enquêtes techniques tentent de faire la lumière sur ces drames, la colère monte au sein de la profession. Le principal organe représentatif des conducteurs de train a décidé de ne pas attendre les conclusions administratives pour agir, pointant du doigt une dégradation structurelle du réseau.
Le syndicat des conducteurs de train SEMAF a officiellement appelé à une grève nationale. Cette mobilisation vise à exiger des garanties de sécurité immédiates après une série de trois déraillements survenus en l’espace de quelques jours. Dans un communiqué relayé par Al Jazeera, l’organisation syndicale annonce qu’elle entend « exiger la responsabilité pénale de ceux qui sont chargés d’assurer la sécurité de l’infrastructure ferroviaire », qualifiant la situation actuelle de « détérioration constante inacceptable ».
Cette décision intervient dans un climat de tension extrême. Dimanche dernier, une collision entre deux trains à grande vitesse dans la province de Cordoue a coûté la vie à au moins 43 personnes, constituant l’accident ferroviaire le plus meurtrier en Espagne depuis plus d’une décennie. À ce lourd bilan s’est ajouté, mardi soir, un autre incident mortel à Gelida, près de Barcelone, où un train de banlieue a heurté un mur de soutènement effondré sur les voies, tuant le conducteur et blessant 37 passagers. Un troisième déraillement, provoqué par la chute d’un rocher sur le réseau régional de Barcelone, a également été signalé mardi, sans faire de victimes.
Face à cette fronde sociale, le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, a déclaré que le gouvernement était prêt à « s’asseoir et discuter » pour tenter d’éviter le mouvement de grève. Il a toutefois attribué la menace de débrayage à « l’état émotionnel que vivent les conducteurs de train en ce moment suite au décès de deux collègues ». Une position qui peine à apaiser les critiques, alors que l’opposition conservatrice, par la voix d’Alberto Nunez Feijoo, exige une « clarification immédiate » sur l’état des chemins de fer nationaux.
Les autorités ont d’ores et déjà pris des mesures conservatoires. L’opérateur du réseau ferroviaire, ADIF, a imposé une limitation de vitesse temporaire à 160 km/h sur certains tronçons de la ligne à grande vitesse Madrid-Barcelone, suite à des signalements de secousses par les conducteurs. De plus, les services sur le principal réseau de banlieue de Catalogne ont été suspendus jusqu’à ce que les contrôles de sécurité soient validés.
Ces événements tragiques font écho à des alertes antérieures. Selon les informations disponibles, le syndicat SEMAF avait déjà adressé une lettre à l’ADIF en août dernier. Le document demandait une enquête sur les défauts des lignes ferroviaires dus à une utilisation accrue et recommandait de réduire la vitesse à certains endroits jusqu’à la réparation complète des voies. Ces recommandations concernaient notamment les lignes à grande vitesse, y compris celle où s’est produit l’accident meurtrier de dimanche.

