O. Mbengue encourt 15 ans de réclusion criminelle, si la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour suit les réquisitions du ministère public.
Le 22 août 2022, la dame A. Diallo a déposé plainte au commissariat contre O. Mbengue, qu’elle accuse d’avoir abusé sexuellement de sa fille, A. Fall, alors âgée de moins de 16 ans au moment des faits.
À la barre de la chambre criminelle, la victime est revenue sur les circonstances de la première agression. Selon ses déclarations, sa mère l’avait envoyée au domicile de « tonton O. Mbengue » pour récupérer un téléphone. La mineure relate que l’ami de l’accusé avait remis à tonton O. Mbengue un sachet provenant d’une pharmacie. Sur place, l’accusé l’aurait menacée avec un couteau avant de la violer. Elle affirme que l’ami du mis en cause était présent et l’aurait aidée à l’immobiliser sur le lit. À l’issue, O. Mbengue lui aurait administré une pilule contenue dans une boîte de couleur verte avant de l’a menacer de mort si elle révélait les faits.
Depuis, déclare-t-elle, l’accusé l’aurait « transformée en objet sexuel », lui remettant un téléphone portable afin de la solliciter à sa convenance. Elle ajoute qu’un jour, l’accusé a abusé d’elle au domicile familial, alors même que son père se trouvait au salon.
Traumatisée, elle aurait développé des troubles du comportement à l’école, multipliant les altercations avec ses camarades. Exaspérée par la répétition des agressions, elle s’en est finalement ouverte à sa mère. « Il a entretenu à plusieurs reprises des rapports sexuels avec moi. J’en ai eu assez et je l’ai dit à ma mère », a-t-elle déclaré.
Le certificat médical versé au dossier fait état d’une défloration ancienne sur une mineure de moins de 16 ans.
Mais O. Mbengue a contesté l’ensemble des accusations et a évoqué une machination dictée par la jalousie. Il explique que A. Fall s’est présentée nuitamment à son domicile en lui demandant s’il la connaissait. Après s’être identifiée comme la fille de Mme Diallo, il lui aurait rappelé que sa mère se plaignait de ses mauvais résultats scolaires et de ses fréquentations. Il admet lui avoir offert trois téléphones portables et des chaussures, et avoir également remis un téléphone à la mère. Il a affirmé que Mme Diallo l’invitait parfois à déjeuner et lui confiait ses inquiétudes concernant sa fille.
La dame Diallo précise que l’accusé était un ami avec qui elle échangeait sur des sujets intimes. « Ma fille avait 14 ans lorsqu’elle a commencé à avoir des relations sexuelles avec lui. Lorsque j’ai déposé plainte, il est venu dans ma boutique pour me demander pardon. Il s’est agenouillé », a-t-elle affirmé.
Pour Me Omar Sène, conseil de l’accusé, les deux parties dissimulent la nature exacte de leurs relations. Il a interrogé Mme Diallo sur le degré de proximité qu’elle entretenait avec son client, soutenant que celui-ci « a toujours contesté s’être trouvé dans une chambre avec la victime ».
Le procureur Camara s’est dit convaincu qu’« A. Fall a cédé à une contrainte qu’elle n’était pas en mesure de repousser ». Selon lui, « l’accusé exerçait une emprise psychologique sur sa victime. Son comportement démontre qu’il est l’auteur des pénétrations sexuelles incriminées ». Estimant les faits de pédophilie et de viol sur mineure, il a requis 15 ans de réclusion criminelle.
Maitre Mouhamad Fadel Fall a plaidé la relaxe, arguant du délai écoulé entre les faits et la dénonciation. « Le viol est un plat qui se mange chaud. Attendre deux ans pour accuser pose question». Il a souligné la constance des déclarations de son client depuis l’ouverture de l’information et l’absence, selon lui, de preuve matérielle établissant la culpabilité. « Si l’on devait se fonder uniquement sur des déclarations, nul n’y échapperait».
Appelée à la barre, la camarade de classe de la victime, N. Ndiaye, a contredit la version selon laquelle l’accusé lui aurait remis 10 000 F CFA pour faire de la monnaie avant d’abuser d’A. Fall. Elle a indiqué que ce jour-là, elles revenaient d’une manifestation de grévistes entre Saly et Mbour et que l’accusé leur avait donné un billet de 2 000 F CFA.

