Des soldats et des gendarmes sénégalais, appuyés par des chiens renifleurs, détruisent des champs de cannabis en Casamance début mai: cette opération est le dernier épisode d’un des conflits les plus vieux d’Afrique, latent depuis 43 ans dans le sud du Sénégal, malgré une rébellion indépendantiste largement affaiblie.
L’opération militaire a été menée près de la frontière gambienne où sont basés des rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), en lutte depuis décembre 1982 pour l’indépendance de cette région séparée d’une partie du Sénégal par la Gambie.
Elle a été menée « sans difficultés majeures » avec 14 interpellations, une saisie d’armes de guerre et plus de six tonnes de cannabis, a dit à la presse le colonel Cheikh Guèye, chef de l’armée dans la région de Ziguinchor, une des trois formant la Casamance et épicentre de ce conflit de basse intensité ayant fait des milliers de victimes.
Après avoir fait subir des pertes à l’armée, le MFDC « est aujourd’hui fortement affaibli. Il n’a plus que des troupes résiduelles, ne recrute plus et est confronté au vieillissement de ses combattants » alors que l’armée s’est renforcée en hommes et en équipements, affirme à l’AFP un expert du dossier qui, comme la majorité des interlocuteurs de l’AFP sur ce sujet, a requis l’anonymat en raison de la sensibilité du dossier.
En outre, cette rébellion fait face à « une forte division de ses factions politiques et militaires » et « un problème d’approvisionnement en armes et en munitions » depuis que la Gambie et la Guinée-Bissau voisines, ses zones de repli, coopèrent avec Dakar pour la paix, dit cette source.
L’affaiblissement de la rébellion est aussi dû à « une perte progressive de sa base politique et affective qui était portée par les communautés locales », explique une figure de la société civile casamançaise.
Mais « la réalité de la lutte a créé une désillusion et une désaffection, vis-à-vis du MFDC, de ces communautés qui aspirent aujourd’hui à la paix », relève-t-elle.
Par ailleurs, l’avènement au plan national de leaders politiques issus de la Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, chef du parti majoritaire dans le pays, « a contribué à apaiser les ardeurs » d’adeptes du MFDC, assure la même source.
Ils « ont maintenant le sentiment d’une revanche de la Casamance dans le landerneau politique sénégalais » dont ils se sentaient exclus, selon elle.
– « 40 ans sans contrôler un village »-
M. Sonko a affirmé mi-mars à Ziguinchor, principale ville de Casamance, que le MFDC se bat depuis plus de « 40 ans sans contrôler le moindre village ».
Il s’exprimait après la mort le 17 mars de trois militaires et trois autres blessés dans une « explosion accidentelle » lors d’opérations anti-cannabis. Le 11 mars, un autre soldat avait été tué et six blessés.
En novembre 2025, un soldat détenu pendant sept mois par « une bande armée » avait été libéré.
« Nous ne pensons pas que les maquisards parlent toujours d’indépendance si ce n’est par principe. Le problème principal est la culture du chanvre (cannabis). Nous engagerons tous les moyens qu’il faut » contre elle, a dit M. Sonko.
Le cannabis « permet aux bandes armées d’avoir des ressources importantes pour financer leurs activités » et l’opération menée début mai avait pour « objectif de frapper le coeur de (leur) économie criminelle et de guerre », selon le colonel Guèye.
Si la zone frontalière de la Guinée-Bissau est dans l’accalmie depuis que l’armée y a détruit en 2021 les bases rebelles, les troubles se sont concentrés ces derniers mois dans le Nord Sindian, près de la Gambie.
– « Dépôt partiel des armes »-
Cette zone est propice aux activités illicites en raison de « sa forêt dense » et son enclavement « malgré ses importantes productions agricoles et forestières que les populations démunies ne peuvent écouler faute de routes », indique à l’AFP Mamadou Sadio, ancien membre d’une unité d’élite de l’armée.
Des populations affirment dépendre du trafic de cannabis et « ont demandé aux imams s’il y a un fondement religieux (musulman) les autorisant à le cultiver », témoigne un responsable administratif.
M. Sonko dit tendre la main au MFDC mais rappelle: « nous ne pouvons accepter que le moindre pouce du territoire soit amputé ».
La société civile locale a célébré cette semaine près de Ziguinchor le troisième anniversaire d’un accord de paix entre une faction rebelle et le gouvernement.
Un autre accord a été conclu en février 2025 avec une autre faction à Bissau, alors que plusieurs sont restés sans lendemain.
Dans la quasi totalité de la région, les réfugiés et déplacés « se réinstallent progressivement dans les villages » à la faveur de « l’arrêt des hostilités et du dépôt partiel des armes », affirme la figure de la société civile.
« Mais la question de la pacification reste entière » parce que « des éléments armés sont encore réticents à déposer les armes », relève-t-elle.

