Au lendemain du sacre des Lions de la Teranga, le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a annoncé l’octroi d’un terrain de 1 500 m² à chaque joueur, situé à Pointe-Sarène, sur la Petite-Côte. Ce geste fort et symbolique a été largement applaudi par l’opinion nationale, fière de ses champions.
Toutefois, derrière cet enthousiasme, une question cruciale s’impose : où trouve-t-on encore des terres disponibles sur la Petite-Côte, une zone devenue l’épicentre des conflits fonciers les plus sensibles du pays ?
Cette bande côtière, jadis agricole et communautaire, est aujourd’hui au cœur d’une ruée foncière alimentée par le développement touristique, les projets d’aménagement et des attributions administratives parfois contestées. Les litiges s’y multiplient, opposant paysans, collectivités territoriales, promoteurs privés et sociétés d’État.
Récemment, des procès ont d’ailleurs opposé des municipalités à des exploitants agricoles. Un autre dossier emblématique oppose Massar Dieng à la SAPCO. Ce dernier accuse la société d’aménagement de lui avoir retiré plusieurs hectares de terres, provoquant la destruction de nombreux arbres fruitiers et la perte de ses moyens de subsistance. Les terres concernées se situent précisément en face de l’hôtel Riu Baobab.
Ces affaires ravivent une inquiétude profonde : les populations locales sont-elles les grandes oubliées du développement de la Petite-Côte ? La question mérite d’être posée, au moment où des terrains continuent d’être attribués, parfois sans que les contentieux antérieurs ne soient totalement résolus.
Certes, l’État a le devoir de récompenser l’excellence et de célébrer ses héros nationaux.
Mais ce devoir ne saurait s’accomplir au détriment de la justice foncière, de la sécurisation des droits coutumiers et du respect des communautés qui vivent et travaillent sur ces terres depuis des générations.
Si l’offre du Président aux Lions est noble et légitime, elle remet néanmoins sur la table un débat crucial : la Petite-Côte dispose-t-elle encore de réserves foncières libres et juridiquement sécurisées ? À défaut de réponses transparentes, chaque nouvelle attribution risque d’alimenter la frustration et les tensions sociales.
Il est à espérer que cette décision présidentielle repose sur des études foncières rigoureuses, afin que l’hommage rendu aux Lions ne devienne pas, malgré lui, un nouvel épisode d’un feuilleton foncier déjà trop lourd pour les habitants de la Petite-Côte.

