Elle usurpe des identités pour décrocher des prêts : Une commerçante placée sous mandat de dépôt pour 37 millions de F CFA
Des cahiers de dettes, des pièces d’identité qui circulent, des prêts qui gonflent et une confiance qui finit par coûter cher. La Brigade de recherches de Keur Massar a arrêté trois femmes pour une histoire d’escroquerie et d’abus de confiance portant sur 45,5 millions de FCFA. Il s’agit de M. Diaw, Nd. N. Diallo et Y. Thiam. Elles ont été interpellées sur plainte de la commerçante A. Diouf, qui affirme avoir financé leurs activités et ne plus parvenir à récupérer son argent.
Selon les éléments de l’enquête, au départ, le financement était de 200. 000 FCFA, puis 500. 000, après 1 million, 2 millions, jusqu’à 3,5 millions pour certaines opérations. Le principe était simple : A. Diouf remet l’argent, les bénéficiaires doivent le restituer dans un délai déterminé, avec un intérêt annoncé de 20 %. Tant que les remboursements suivent, les montants augmentent.
La porte d’entrée…
Dans sa plainte, A. Diouf explique aux gendarmes qu’elle n’avait pas vocation, au départ, à devenir la créancière de plusieurs commerçantes. Mais tout commence par sa belle-sœur, M. K. Thioubou, qui lui demande de l’aide pour des difficultés financières. Celle-ci lui a ensuite présenté plusieurs voisines ayant besoin de financements. A. Diouf hésite, mais finit par accepter. Les premiers montants sont modestes. Elle commence avec 200 000 FCFA. Les remboursements sont réguliers. La confiance s’installe et les sommes augmentent.
Face aux enquêteurs, la plaignante a insisté particulièrement sur le cas de la dame M. Diaw. Elle dit lui avoir accordé davantage d’argent parce que celle-ci respectait ses engagements au début. Après, elle a commencé à lui présenter d’autres personnes. Et c’est là que le système change d’échelle.
Selon la version de la plaignante, M. Diaw lui apportait des pièces d’identité et se portait garante des personnes présentées comme nouvelles bénéficiaires. A. Diouf affirme avoir fait confiance à Diaw et avoir ainsi remis de l’argent à travers elle.
L’enquête a pourtant révélé que certaines des personnes dont les pièces d’identité ont été utilisées n’ont jamais été informées des prêts. Le modus operandi consistait donc, selon l’enquête, à utiliser les identités de tiers pour obtenir des financements supplémentaires, avant d’employer les sommes à d’autres fins.
Mieux, parmi les trois femmes, M. Diaw est celle qui a une dette plus importante. Les enquêteurs retiennent à son encontre une somme de 37 780 000 FCFA.
Dans son audition, elle ne conteste pas le principe de la dette. Elle raconte avoir commencé avec 200 000 FCFA, remboursables en un mois. Comme les échéances étaient respectées, les financements ont augmenté : 500 000 FCFA, puis 2 millions et jusqu’à 3,5 millions. M. Diaw explique avoir investi dans la couture et attendu des rentrées d’argent de ses clients qui ne sont finalement pas arrivées.
Concernant l’utilisation des pièces d’identité, elle affirme avoir voulu constituer un groupement de femmes. Celles-ci lui ont remis leurs cartes d’identité afin qu’elle puisse les garantir pour obtenir des financements. Le problème, selon elle, est survenu lorsque les femmes concernées ont refusé de fournir la caution au moment où les fonds devaient être débloqués. Cependant, M. Diaw dit alors avoir gardé l’argent. « Je ne voulais pas le leur donner et qu’elles ne remboursent pas à la fin », explique-t-elle, avant de dire avoir utilisé les sommes pour travailler et continuer à rembourser A. Diouf.
À la question de savoir si elle reconnaît la somme réclamée, M. Diaw a reconnu la dette. Elle affirme toutefois ne pas être en mesure de restituer les fonds et demande la clémence de la justice.
Nd. Diallo encaisse 805 000 FCFA
La deuxième dette est beaucoup plus faible. Elle a été contractée par la dame Nd. Ng. Diallo, qui raconte avoir été introduite auprès d’A. Diouf par M. K. Thioubou. Elle aussi commence avec 200 000, puis obtient 500 000 et enfin 1 million de FCFA. Au début, les remboursements suivent. Puis elle décide d’élargir son commerce.
Elle remet alors de l’argent à un certain Abdou, présenté comme un commerçant capable de faire venir des marchandises de Chine. Selon Nd. Ng. Diallo, le commerce d’Abdou prend feu à l’arrivée des marchandises. L’homme lui a envoyé des images de l’incendie et promis de rembourser.
Mais une autre difficulté vient s’ajouter. Son enfant a été victime d’un accident. Elle a utilisé une partie de l’argent destiné au remboursement pour les frais médicaux. Elle reconnaît malgré tout devoir 805 000 FCFA à A. Diouf et promet de payer dès que possible.
Y. Thiam et l’argent remis au charlatan
Y. Thiam doit 7 640 000 FCFA à la plaignante. Commerçante et active depuis une vingtaine d’années dans les groupements de femmes, elle a elle aussi été mise en relation avec A. Diouf par M. K. Thioubou.
Elle affirme que tout fonctionnait normalement jusqu’à ce que sa petite sœur tombe malade. Elle consulte un marabout. Le premier paiement est de 15 000 FCFA. L’homme lui a proposé des bains mystiques et des rituels destinés à la débarrasser de la malchance, du mauvais œil et de diverses impuretés. Après, les demandes d’argent ont augmenté. La mise en cause rapporte aux enquêteurs qu’elle ne parvenait plus à refuser. L’argent qu’elle recevait d’A. Diouf a ainsi été remis progressivement au marabout.
Au terme de leur garde à vue, les dames M. Diaw, Nd. Ng. Diallo et Y. Thiam ont été déférées, le 23 septembre, devant le parquet de Pikine-Guédiawaye. M. Diaw a été inculpée pour escroquerie et usage d’identité et placée sous mandat de dépôt. Concernant Y. Thiam et Nd. Ng. Diallo, elles sont poursuivies pour abus de confiance. Elles ont bénéficié d’une mise en liberté provisoire.
L’affaire sera jugée ce 28 septembre au tribunal des flagrants délits.
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