La rencontre de Ligue des Champions entre le Benfica et le Real Madrid, disputée mardi soir à Lisbonne, a largement dépassé le cadre sportif. Si le club espagnol s’est imposé (1-0), le match restera marqué par une interruption de dix minutes et une nouvelle plainte pour racisme émanant de l’attaquant brésilien Vinicius Junior. Au-delà de l’incident sur le terrain, c’est la réaction de l’entraîneur adverse, Jose Mourinho, qui retient l’attention par son analyse singulière des événements.
Tout a basculé à la 55e minute de jeu. Alors que Vinicius venait d’ouvrir le score, une altercation a éclaté avec l’ailier argentin de Benfica, Gianluca Prestianni. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le joueur argentin a dissimulé sa bouche avec son maillot pour s’adresser au Brésilien. Vinicius, soutenu par plusieurs coéquipiers à proximité, affirme avoir été visé par une insulte raciste.
L’arbitre de la rencontre, François Letexier, a immédiatement appliqué le protocole de la FIFA en interrompant la partie. Les joueurs du Real Madrid ont quitté la pelouse de l’Estadio da Luz pour regagner les vestiaires, ne revenant qu’après une dizaine de minutes.
La contre-attaque de Jose Mourinho
C’est en conférence de presse que la tension est montée d’un cran. Jose Mourinho, ancien entraîneur du Real Madrid et actuel coach de Benfica, a livré une lecture des faits qui tranche avec la solidarité habituelle dans ce type de dossier. S’il a déclaré vouloir rester « indépendant » face aux versions contradictoires des deux joueurs, le technicien portugais a orienté le débat sur l’attitude de la victime présumée.
« Il y a quelque chose qui ne va pas parce que cela arrive dans tous les stades », a déclaré Mourinho, faisant référence aux incidents récurrents impliquant le Brésilien. « Là où Vinicius joue, il se passe toujours quelque chose. » Interrogé sur la possibilité que le joueur ait incité la foule ou ses adversaires par sa célébration, Mourinho a répondu par l’affirmative : « Oui, je le crois. »
Le technicien a poursuivi en expliquant avoir sermonné Vinicius sur le terrain : « Je lui ai dit : quand tu marques un but comme ça, tu dois juste célébrer et revenir. Quand il se plaignait de racisme, je lui ai rappelé que la plus grande figure de l’histoire de ce club [Eusebio] était noire. Ce club est tout sauf raciste. »
Démentis et témoignages accablants
Sur le terrain, la tension était palpable. Kylian Mbappé, visiblement furieux, a été filmé en train de qualifier Prestianni de « raciste » directement en face-à-face. L’attaquant français a confirmé aux journalistes avoir entendu l’insulte à plusieurs reprises, une version corroborée par Aurélien Tchouaméni. « Nous ne pouvons pas accepter qu’un joueur se comporte ainsi dans la plus grande compétition européenne », a martelé Mbappé.
De son côté, Gianluca Prestianni a utilisé son compte Instagram pour nier les faits, évoquant un malentendu. « Je n’ai jamais été raciste envers personne et je regrette les menaces reçues », a écrit l’Argentin, affirmant que Vinicius avait mal interprété ses propos.
Les déclarations de Jose Mourinho ont provoqué de vives réactions parmi les observateurs. Clarence Seedorf et Thierry Henry, consultants pour la télévision, ont critiqué la posture de l’entraîneur. « Il a fait une grosse erreur aujourd’hui en justifiant les abus raciaux », a estimé Seedorf, tandis que Thierry Henry soulignait le comportement suspect de Prestianni masquant sa bouche : « Dis-nous ce que tu as dit. »
Vinicius Junior, qui comptabilise désormais 18 plaintes légales pour des faits similaires depuis 2022, a réagi sur les réseaux sociaux en qualifiant les racistes de « lâches » qui ont besoin de « la protection des autres ».

