La séance de seconde lecture de la loi modifiant le Code électoral a donné lieu à une intervention particulièrement sévère contre le pouvoir et le climat politique actuel au Sénégal. Prenant la parole à l’hémicycle, Thierno Alassane Sall de l’opposition a dénoncé les tensions permanentes entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, accusant les dirigeants actuels de plonger le pays dans une campagne électorale permanente.
Dans une déclaration au ton grave, le parlementaire a commencé par exprimer sa déception face aux attentes suscitées par l’alternance politique de 2024. « Tout ça pour ça », a-t-il répété devant l’hémicycle. Selon lui, les Sénégalais qui avaient massivement porté le nouveau pouvoir avec « 54 % dès le premier tour » espéraient voir émerger un nouveau modèle de gouvernance capable d’inspirer l’Afrique. « On espérait qu’enfin le Sénégal allait émerger. L’Afrique regardait le Sénégal et espérait que le pays donne l’exemple », a-t-il déclaré.
Une campagne électorale permanente
Le député a ensuite accusé l’exécutif d’avoir transformé le mandat en affrontement politique permanent entre le chef de l’État et son Premier ministre. Selon lui, les tensions ont commencé dès juillet 2025, lorsque le Premier ministre aurait commencé à « tirer sur le président », entraînant des ripostes au sommet de l’État. « C’est une campagne électorale permanente entre un président et un Premier ministre durant tout le mandat », a-t-il dénoncé.
Très critique envers l’ambiance dans l’hémicycle, le député a dénoncé des comportements qu’il juge indignes de l’institution parlementaire. « Le peuple entier vous regarde », a-t-il lancé aux députés de la majorité. Il a accusé certains parlementaires de vouloir empêcher leurs collègues de s’exprimer librement, évoquant des scènes de huées et d’intimidation pendant les débats. « Terroriser les gens pour les empêcher de parler, ce n’est pas ce que les Sénégalais attendent de l’Assemblée nationale », a-t-il martelé.
Le parlementaire a également mis en garde contre une dégradation progressive du climat politique et institutionnel. « La République est en train malheureusement de se casser et vous aurez une lourde responsabilité », a-t-il averti. Selon lui, les divisions internes au pouvoir, les accusations permanentes de complot et les tensions politiques risquent de fragiliser durablement le Sénégal. « Quand ils n’ont pas d’ennemi, ils en inventent. Et quand ils n’en trouvent pas, ils en trouvent dans leurs propres rangs », a-t-il déclaré, en référence aux tensions supposées entre les responsables de l’exécutif.
Dans un appel solennel, le député a exhorté les responsables politiques à préserver les institutions républicaines. « Ressaisissez-vous avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il lancé. Avant de rappeler que les députés n’avaient pas reçu mandat pour « casser la République », malgré leur large majorité parlementaire.

