La 138e édition du pèlerinage marial de Popenguine, dédiée à Notre-Dame de la Délivrande, s’est déroulée les 23, 24 et 25 mai 2026. Elle a officiellement baissé ses rideaux ce lundi à l’issue de la traditionnelle cérémonie de clôture.
Devant un parterre de membres du gouvernement, d’autorités administratives, diplomatiques, religieuses et coutumières, le message officiel de l’Église a été particulièrement fort. Prononcée juste après la grande célébration eucharistique du lundi — présidée cette année par Mgr Jean-Baptiste Valter Manga, nouvel évêque de Ziguinchor et invité d’honneur de cette édition —, l’allocution de Mgr André Guèye, évêque de Thiès, a marqué les esprits par sa franchise.
S’exprimant au nom de la Conférence épiscopale, le prélat a exprimé sa vive préoccupation face à un climat social national qu’il juge lourd de clivages et de dissensions aux relents politiques, où les intérêts partisans semblent trop souvent primer sur les aspirations légitimes des citoyens à un mieux-être et à un véritable vivre-ensemble.
« Le Sénégal a aujourd’hui plus que jamais besoin des énergies de tous ses fils et filles pour se réinventer », a martelé l’évêque, appelant à un dialogue franc, respectueux et inclusif impliquant les enseignants, les élèves, les étudiants, les paysans, les syndicats ainsi que les travailleurs de tous les secteurs d’activité.
Mgr André Guèye a salué la volonté affichée par le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, de perpétuer la tradition républicaine du dialogue, qu’il a qualifiée de « substrat culturel » fondamental du peuple sénégalais. Mais il a exhorté les forces vives de la nation à aller beaucoup plus loin, en faisant du dialogue un véritable style de vie permanent, participatif et constructif, rigoureusement centré sur les préoccupations quotidiennes des populations à la base.
Revenant sur le thème central de ce pèlerinage 2026, « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu », l’homme d’Église a mis en lumière les angoisses profondes de la jeunesse confrontée au chômage de masse et à l’exclusion sociale, ainsi que le désarroi du monde paysan face aux crises économiques récurrentes et aux hivernages de plus en plus incertains.
Enfin, le prélat a magnifié la présence hautement symbolique des délégations des confréries et familles religieuses musulmanes à Popenguine. Ce modèle unique de vivre-ensemble sénégalais et de dialogue islamo-chrétien constitue, selon lui, un trésor précieux que l’Église entend préserver et fortifier, en dépit des turbulences politiques et sociales du moment.

