À dix jours de la célébration de la Tabaski 2026, la région de Kédougou affiche des marchés bien approvisionnés en moutons, chèvres et autres petits ruminants. Selon les estimations de la Direction régionale de l’élevage, 12 700 moutons sont nécessaires pour couvrir la demande locale cette année.
À la date du 18 mai 2026, le taux d’approvisionnement des points de vente est de 102,70 %, soit un effectif de 13 043 petits ruminants, dont 10 422 ovins et 2 621 caprins. À la même période en 2025, on notait un surplus de 1 552 sujets.

Sur le terrain, l’offre semble au rendez-vous. Dans les différents points de vente, notamment sur le site officiel de la commune de Kédougou, les enclos sont garnis et les vendeurs optimistes. Mais derrière cette abondance apparente, une inquiétude grandit chez de nombreux ménages : la flambée des prix, qui place le mouton hors de portée de plusieurs chefs de famille.
Des prix en forte hausse qui suscitent l’inquiétude
Lors d’une visite effectuée ce matin sur le principal site de vente de la commune, les prix observés oscillent entre 150 000 FCFA et 400 000 FCFA, selon la taille, l’embonpoint et l’origine des bêtes. Une fourchette tarifaire jugée excessive par de nombreux clients, particulièrement dans un contexte de pouvoir d’achat fragilisé.
Devant les parcs, plusieurs pères de famille expriment leur désarroi face à cette situation qu’ils jugent alarmante.
Mamadou Diallo, enseignant rencontré sur place, peine à masquer sa frustration : « C’est grave ce qui se passe ici. Je ne parviens pas à trouver un mouton à 100 000 FCFA, alors que cela correspond à mon avance de Tabaski. Aujourd’hui, même avec cette aide, il devient presque impossible de respecter cette tradition religieuse sans s’endetter. »
Comme lui, beaucoup redoutent de ne pas pouvoir faire face à la dépense, alors que la Tabaski représente à la fois une obligation spirituelle et une forte pression sociale.
Entre sacrifice religieux et charges familiales
Pour certains ménages, le choix devient douloureux entre l’achat du mouton et les autres besoins essentiels de la famille.

Ibrahima Cissokho, père de famille, confie son amertume : « Je ne pense même plus à habiller mes enfants pour la fête. Pour l’instant, le mouton reste la priorité. Mais avec 100 000 FCFA, on ne peut pas supporter toutes ces charges. Il faut que l’État revoie l’avance de Tabaski à la hausse, au moins à 200 000 FCFA. »
Cette revendication revient régulièrement sur le marché, où plusieurs travailleurs estiment que l’aide actuelle ne correspond plus à la réalité des prix.
Les vendeurs invoquent le coût du transport et de l’aliment-bétail
Du côté des commerçants, on justifie cette hausse par plusieurs facteurs : coût élevé du transport, augmentation du prix de l’aliment de bétail, taxes diverses et difficultés logistiques.
Un vendeur venu de l’intérieur du pays explique :
« Nous aussi, nous subissons la situation. Nourrir et transporter les animaux jusqu’à Kédougou coûte beaucoup plus cher cette année. Si nous baissons trop les prix, nous vendons à perte. »
Les autorités appelées à renforcer les mesures sociales
Si les autorités se félicitent du bon niveau d’approvisionnement à quelques jours de la fête, la question de l’accessibilité financière demeure entière. Dans les ménages, l’espoir repose désormais sur d’éventuelles mesures de soutien ou une régulation plus poussée du marché.
À Kédougou, comme dans plusieurs régions du Sénégal, la Tabaski 2026 s’annonce donc sous le signe du paradoxe : des moutons disponibles, mais de moins en moins accessibles. Pour de nombreuses familles, le véritable défi n’est plus de trouver un mouton… mais de pouvoir se l’offrir.

